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Fiche Fiscalité #14Épisode 14

Médecin libéral : barème kilométrique ou frais réels ?

Dr. Ryan Goburdhun11 min de lecture
Médecin libéral : barème kilométrique ou frais réels ?

Entre le cabinet du confrère que tu remplaces, les visites à domicile et les gardes, ta voiture est un vrai outil de travail. Et en libéral, un outil de travail, ça se déduit : une partie de ce qu’elle te coûte se retire de ton bénéfice — tes rétrocessions moins tes frais, la somme sur laquelle tu paies impôt et cotisations. Moins de bénéfice déclaré, c’est moins d’impôt et moins de cotisations. Pas de l’argent dans ta poche, mais moins à payer.

Reste la question : comment on déduit une voiture ? Il y a deux méthodes. On a fait les calculs. Résultat : l’écart entre les deux est souvent minuscule, et le vrai enjeu se joue ailleurs — le jour où tu revends.

🚦 Avant tout : ça ne concerne que le régime réel

En libéral, ton bénéfice (tes « BNC », bénéfices non commerciaux) se déclare de deux façons. Si tu es en micro-BNC — le régime de beaucoup de remplaçants, et ton régime par défaut quand tu démarres : les deux premières années, quoi que tu encaisses, tu y es sauf si tu choisis le réel — tu ne déduis rien. Ni barème kilométrique, ni frais réels, ni amortissement. L’abattement forfaitaire de 34 % que l’administration applique automatiquement est censé couvrir l’intégralité de tes charges professionnelles, voiture comprise. Ensuite, tu y restes tant que tes recettes ne dépassent pas 83 600 € (seuil 2026-2028, apprécié sur l’année précédente ou l’avant-dernière : il faut dépasser deux années de suite pour en sortir).

Le barème kilométrique et les frais réels n’existent qu’au régime réel (formulaire 2035). Si tu es en micro-BNC, le calcul qui suit sert à une chose : savoir si tu as intérêt à changer de régime. 🧮 Et changer est simple : il suffit de déposer une 2035 — sans courrier ni formalité, et même après coup, jusqu’à la date limite de dépôt en mai de l’année suivante. L’option vaut un an et se reconduit toute seule ; pour revenir au micro, là, il faut prévenir le fisc.

Premier repère, côté impôt : à 50 000 € de rétrocessions, ton abattement vaut 17 000 €. Si tes charges réelles — cotisations URSSAF et CARMF en tête, puis voiture, RCP, Ordre, prévoyance, matériel — dépassent ce montant, le réel te fait déclarer un bénéfice plus faible. Mais ce n’est qu’un repère, pas une décision : il reste le calcul des cotisations (dont l’assiette a changé en 2025-2026), le coût de la compta, et les plus-values sur ce que tu inscris à l’actif — justement le sujet de cet article. Fais-toi confirmer par un comptable ou une AGA (association de gestion agréée).

1️⃣ Méthode 1 : le barème kilométrique

Le principe est simple : tu multiplies tes kilomètres professionnels par un tarif qui dépend de la puissance fiscale de ta voiture. Pour une 5 CV, barème 2026 (revenus 2025 — inchangé depuis l’arrêté du 27 mars 2023, quatrième année de suite) :

Km pros dans l’annéeFormule (5 CV)
Jusqu’à 5 000d × 0,636
5 001 à 20 000(d × 0,357) + 1 395
Plus de 20 000d × 0,427

d = distance professionnelle parcourue dans l’année, en kilomètres.

Les formules des autres puissances fiscales : le barème complet.

Le barème couvre tout : carburant, entretien, réparations, assurance, et même l’usure du véhicule — ce que la plupart des gens oublient. Pour une électrique, recharge et location de batterie sont aussi comprises.

Trois bonus que presque personne n’exploite :

  1. La majoration électrique de 20 %. Si ta voiture est 100 % électrique, tu multiplies le résultat du barème par 1,20. Les hybrides, même rechargeables, n’y ont pas droit.
  2. Les péages et les parkings se déduisent EN PLUS du barème. Les intérêts de ton emprunt auto aussi, mais seulement si la voiture est inscrite au registre des immobilisations — restée perso, ils ne sont pas déductibles. Garde les justificatifs.
  3. Le trajet domicile-cabinet compte comme un déplacement professionnel, dans la limite de 40 km par trajet simple. Au-delà, seuls les 40 premiers kilomètres sont déductibles d’office, sauf circonstances particulières justifiées.

2️⃣ Méthode 2 : les frais réels avec amortissement

Ici, tu inscris la voiture au registre des immobilisations : elle devient un bien professionnel. Tu déduis alors tes dépenses réelles — carburant, assurance, entretien, carte grise, intérêts d’emprunt — plus l’amortissement : une part du prix d’achat chaque année, généralement sur 5 ans.

Avec deux limites strictes :

Le prorata. Si tu utilises la voiture à 75 % pour le travail, tu ne déduis que 75 % des frais. Pas de tricherie possible : un contrôle regarde les kilomètres.

Le plafond d’amortissement (article 39-4 du CGI). Le fisc ne t’autorise à amortir que jusqu’à un certain prix d’achat TTC, selon les émissions de CO₂ :

CO₂ (g/km)Prix amortissable TTC
Moins de 2030 000 €
20 à 4920 300 €
50 à 16018 300 €
Plus de 1609 900 €

Moins de 20 g/km, c’est l’électrique ; entre 50 et 160 g/km, la plupart des thermiques. Une berline thermique à 40 000 € ne s’amortit fiscalement que sur 18 300 € — et sur 9 900 € seulement si elle dépasse 160 g/km.

🥊 Le match chiffré : deux cas, deux verdicts

Les hypothèses de coûts d’usage ci-dessous sont indicatives — refais le calcul avec tes chiffres.

Cas 1 — Médecin généraliste avec visites

5 CV thermique achetée 22 000 €, 12 000 km professionnels par an, usage 75 % pro.

  • Barème : (12 000 × 0,357) + 1 395 = 5 679 €
  • Frais réels : amortissement plafonné (18 300 ÷ 5 = 3 660 €) + carburant, assurance, entretien ≈ 4 000 € → 7 660 €, dont 75 % pro = 5 745 €

Écart : 66 €. Autant dire rien. Sur ce qui reste — zéro comptabilité de véhicule, et aucune plus-value à la revente tant que la voiture reste dans ton patrimoine privé — le barème l’emporte.

Cas 2 — Spécialiste au cabinet, voiture électrique récente

Électrique 5 CV achetée 45 000 €, 5 000 km professionnels par an (trajets domicile-cabinet compris), usage 75 % pro.

  • Barème : 5 000 × 0,636 × 1,20 = 3 816 €
  • Frais réels : amortissement plafonné (30 000 ÷ 5 = 6 000 €) + recharge, assurance, entretien ≈ 1 800 € → 7 800 €, dont 75 % pro = 5 850 €

Les frais réels gagnent de 2 034 € par an. Logique : le barème récompense les kilomètres, les frais réels récompensent le prix de la voiture. Voiture chère et peu de kilomètres ? Le réel prend l’avantage.

BarèmeRéelÉcart
Cas 15 679 €5 745 €66 €
Cas 23 816 €5 850 €2 034 €

🪤 Le piège : la plus-value à la revente

Une voiture inscrite à l’actif et intégralement amortie a une valeur fiscale de 0 €. Le jour où tu la revends 8 000 €, ce n’est pas un joli chèque : retenue à hauteur de ton usage professionnel — 6 000 € si tu es à 75 % pro — cette somme constitue une plus-value professionnelle, ajoutée à ton bénéfice, imposée à ton taux d’impôt et soumise aux cotisations sociales.

À l’inverse, une voiture restée dans ton patrimoine privé — celle sur laquelle tu appliques simplement le barème — ne génère aucune plus-value professionnelle à la revente. Tu vends ta voiture comme n’importe quel particulier.

💡 L’astuce : l’exonération que beaucoup de remplaçants peuvent activer

L’article 151 septies du Code général des impôts prévoit une exonération d’impôt sur le revenu de cette plus-value professionnelle si deux conditions sont réunies :

  • tu exerces ton activité depuis au moins 5 ans,
  • et la moyenne de tes recettes HT des deux années civiles précédentes ne dépasse pas 90 000 €.

Entre 90 000 € et 126 000 €, l’exonération devient dégressive : la fraction exonérée vaut (126 000 − recettes) ÷ 36 000. Au-delà de 126 000 €, plus rien.

Autrement dit : un remplaçant en activité depuis six ans qui encaisse 70 000 € par an peut inscrire sa voiture à l’actif, l’amortir, la revendre — et ne payer aucun impôt sur le revenu au titre de la plus-value, seulement les cotisations sociales. Le piège est réel, mais il ne pèse pas le même poids pour tout le monde. Fais le test avant de choisir.

✅ Ce que tu dois faire concrètement

Le choix est annuel et se prend dès le 1er janvier : c’est ta façon de comptabiliser les frais dès le début de l’année qui vaut option, la déclaration ne fait que l’entériner. Tu peux changer d’avis d’une année sur l’autre, mais l’option est globale — elle s’applique à tous les véhicules que tu utilises professionnellement dans l’année.

Trois réflexes :

  1. Tiens un carnet de kilomètres dès janvier : date, trajet, motif, kilomètres. C’est ce que le fisc demandera.
  2. Garde toutes les factures — carburant, entretien, péages, parkings. Même sur le barème, les péages et les parkings se déduisent en plus (et les intérêts d’emprunt, si la voiture est inscrite à l’actif).
  3. Refais le calcul chaque janvier, pas en mai dans l’urgence.

Les autres postes à passer en revue au même moment : les frais pros du médecin libéral.

🦛 Le Tips Hippodoc

📚 Sources (vérifiées au 20 septembre 2026)

• Barème kilométrique : arrêté du 27 mars 2023, non revalorisé depuis ; majoration de 20 % pour les véhicules électriques ; péages, stationnement et intérêts d’emprunt en sus (service-public.gouv.fr, fiche vérifiée le 15 avril 2026).
• Frais de voiture des titulaires de BNC : BOFiP BOI-BNC-BASE-40-60-40-20 — option exercée a priori au 1er janvier, pour l’année entière et pour l’ensemble des véhicules (§ 130 à 160) ; barème admis pour un véhicule conservé dans le patrimoine privé (§ 410) ; intérêts d’emprunt déductibles seulement si le véhicule est inscrit au registre des immobilisations (§ 510).
• Plafonds d’amortissement des véhicules de tourisme : CGI, art. 39-4 ; BOFiP BOI-BIC-AMT-20-40-50.
• Micro-BNC : CGI, art. 102 ter (seuil de 83 600 € pour 2026-2028, abattement de 34 %, option pour la déclaration contrôlée exercée par le dépôt de la 2035).
• Exonération des plus-values professionnelles : CGI, art. 151 septies (90 000 € / 126 000 €, cinq ans d’activité) ; réintégration des plus-values à court terme exonérées dans l’assiette sociale : Code de la sécurité sociale, art. L131-6.

Cet article a une vocation d’information générale et ne constitue pas un conseil fiscal individualisé. Barème kilométrique 2026 (revenus 2025), le dernier publié. Pour une décision engageante, rapproche-toi de ton expert-comptable ou de ton AGA.

Questions fréquentes

Un médecin en micro-BNC peut-il déduire sa voiture ?
Non. En micro-BNC, tu ne déduis rien : ni barème kilométrique, ni frais réels, ni amortissement. L'abattement forfaitaire de 34 % est censé couvrir l'intégralité de tes charges professionnelles, voiture comprise. Le barème kilométrique et les frais réels n'existent qu'au régime réel (formulaire 2035).
Quel est le barème kilométrique 2026 pour une voiture de 5 CV ?
Jusqu'à 5 000 km : distance × 0,636. De 5 001 à 20 000 km : (distance × 0,357) + 1 395. Au-delà de 20 000 km : distance × 0,427. C'est le barème 2026 sur les revenus 2025, inchangé depuis l'arrêté du 27 mars 2023. Pour une voiture 100 % électrique, le résultat est majoré de 20 % ; les hybrides n'y ont pas droit.
Que couvre le barème kilométrique, et que peut-on déduire en plus ?
Le barème couvre tout : carburant, entretien, réparations, assurance, et même l'usure du véhicule. Péages et parkings se déduisent en plus, justificatifs à l'appui. Les intérêts d'emprunt aussi, mais seulement si la voiture est inscrite au registre des immobilisations — restée dans ton patrimoine privé, ils ne sont pas déductibles.
Barème kilométrique ou frais réels : lequel est le plus avantageux ?
Le barème récompense les kilomètres, les frais réels récompensent le prix de la voiture. Pour une 5 CV thermique à 22 000 € et 12 000 km pros : 5 679 € au barème contre 5 745 € aux frais réels, soit 66 € d'écart. Pour une électrique à 45 000 € et 5 000 km pros : 3 816 € contre 5 850 €, les frais réels gagnent de 2 034 € par an.
Quel est le plafond d'amortissement d'une voiture en 2026 ?
Selon les émissions de CO₂ (article 39-4 du CGI), sur le prix d'achat TTC : 30 000 € en dessous de 20 g/km (électrique), 20 300 € entre 20 et 49 g/km, 18 300 € entre 50 et 160 g/km (la plupart des thermiques), et 9 900 € au-delà de 160 g/km.
Paie-t-on une plus-value en revendant sa voiture professionnelle ?
Oui, si elle est inscrite à l'actif. Une voiture intégralement amortie a une valeur fiscale de 0 € : revendue 8 000 € avec un usage professionnel de 75 %, elle génère 6 000 € de plus-value professionnelle, ajoutée à ton bénéfice. Une voiture restée dans ton patrimoine privé — celle sur laquelle tu appliques simplement le barème — ne génère aucune plus-value professionnelle.
Comment être exonéré de la plus-value sur sa voiture ?
L'article 151 septies du CGI exonère d'impôt sur le revenu la plus-value professionnelle si tu exerces depuis au moins 5 ans et si la moyenne de tes recettes des deux années civiles précédentes ne dépasse pas 90 000 € (exonération dégressive jusqu'à 126 000 €). Mais l'exonération est purement fiscale : la plus-value reste soumise aux cotisations sociales.
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